Lettre aux prieures dominicaines pour la Journée mondiale de la vie consacrée 2026

 

Fête de la Présentation du Seigneur
Rome, le 2 février 2026 
Prot. n. 70/26/035 Varia_General 

Aux prieures des monastères dominicains 

CHÈRES SŒURS, 

C’est avec joie que je vous adresse mes salutations, à vous et à toutes les sœurs, alors que  l’Église célèbre la Journée mondiale de la vie consacrée. En ce jour d’action de grâce, nous  reconnaissons de nouveau la beauté de vies entièrement données à Dieu pour le bien de  l’Évangile et de l’Église. 

Je vous écris avec un profond respect pour la charge que vous assumez, et avec une  sincère affection fraternelle dans le Seigneur et en saint Dominique. Je suis conscient à la  fois de la responsabilité et de la grâce qui vous sont confiées comme prieure d’un  monastère dominicain. Votre « oui » à cet appel est en lui-même un signe d’amour  généreux et de confiance en Dieu. 

La charge de prieure est d’une grande importance pour la vie de nos communautés  contemplatives. C’est pourquoi la Commission internationale des moniales de notre  Ordre a proposé la mise en place d’un atelier destiné aux prieures des monastères,  nouvellement élues à l’image de l’atelier organisé à Santa Sabina pour les nouveaux  prieurs provinciaux. J’espère qu’avec l’aide de notre nouveau Promoteur général, le frère  Cristóbal Torres, la prochaine réunion de la Commission internationale approuvera ce  programme et discernera ensemble la meilleure manière de le mettre en œuvre. 

La charge que vous avez acceptée n’est pas une tâche ordinaire. Elle vous sollicite non  seulement sur le plan administratif, mais aussi sur les plans spirituel, personnel et  communautaire. C’est un ministère de présence, d’écoute attentive, de discernement patient et, bien souvent, de sacrifice discret et caché. Vos sœurs vous ont confié ce service  afin que, au milieu d’elles, vous reflétiez la manière d’agir de Jésus, qui nous dit : « Je ne  suis pas venu pour être servi, mais pour servir » (Matthieu 20, 28 ; Jean 13, 1-17).

Et pourtant, c’est aussi un service riche en grâce : un lieu où l’amour fidèle de Dieu  rencontre votre générosité, et où la charité fraternelle devient un témoignage vivant et  lumineux de l’Évangile. 

D’abord, une sœur parmi les sœurs 

Comme prieure, vous demeurez avant tout une sœur parmi les sœurs ; vous n’êtes pas  une « abbesse », c’est-à-dire une « mère » placée au-dessus de la communauté. Cette  charge n’est pas un rang qui élève au-dessus des autres, mais un appel plus profond  venant du cœur même de la communauté : un appel à « paître », à encourager, à  interpeller et à consoler. Il vous est confié de favoriser la vie fraternelle commune dans  ce qu’elle a de plus plein et de plus authentique : non pas seulement comme des horaires  ou des structures partagés, mais comme une véritable communion enracinée dans le  Christ. Que votre porte soit ouverte, votre cœur attentif, et vos paroles façonnées par la  sagesse et la miséricorde. 

Vous êtes une « fidèle servante du monastère » (LCM 195) et, en même temps, vous êtes  appelée à exercer une responsabilité de conduite (LCM 68). Tel est le beau paradoxe de  votre ministère : vous êtes appelée à être une responsable servante. Vous vivez ce paradoxe  en servant la mission de l’Ordre et en conduisant vos sœurs afin que, ensemble, elles  puissent accomplir fidèlement cette même mission. 

Une promotrice des vocations à la vie contemplative dominicaine 

Souvent, lorsque nous parlons de promotion des vocations, nous pensons avant tout à  l’accueil de nouvelles vocations, c’est-à-dire à l’entrée de nouvelles candidates dans  l’Ordre. Pourtant, à y regarder de plus près, la promotion des vocations doit être  comprise de manière plus large. Elle englobe non seulement les nouvelles vocations, mais  aussi le renouvellement et l’approfondissement continus de la vocation de toutes les  professes (ACG Bologne [2016], n° 236). Une authentique promotion des vocations  comprend à la fois l’accueil de nouvelles sœurs et le ravivement constant de l’appel de  tous les dominicains à être des prêcheurs de l’Évangile. 

Vous êtes donc appelées à promouvoir et à nourrir la vocation dominicaine des sœurs  qui vous sont confiées, en protégeant et en fortifiant les piliers de notre vie : la prière,  l’étude, la communauté et la prédication, c’est-à-dire le témoignage de la vie évangélique.  Ceux-ci ne sont pas des idéaux abstraits, mais les « piliers » mêmes de l’Ordre des  Prêcheurs. Demeurez fidèles à la Liturgie des Heures, au silence qui dispose le cœur à  Dieu, à la discipline sacrée de l’étude et à la contemplation de la Parole, non pour elle 

même, mais en vue de la prédication. Encouragez vos sœurs à vivre cette vie en  profondeur, avec joie et fidélité, surtout lorsque la routine devient lourde ou que la  ferveur spirituelle s’affaiblit.

« Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jean 15, 4). Ce mystère de la demeure est au  cœur même de votre vocation de moniales dominicaines. L’Église vous a confié un  ministère contemplatif et fécond : le ministère de la demeure. Dans le silence contemplatif du cloître, dans la célébration fidèle de l’Office divin et dans la contemplation de la  Parole, vous vivez chaque jour la vérité de la promesse du Christ : « Je suis la vigne, vous  êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit,  car sans moi vous ne pouvez rien faire. » 

L’Église est riche de charismes et de ministères, mais sa véritable fécondité jaillit de la  communion avec le Christ. Là est le cœur du charisme de saint Dominique, qui voulait  que ses fils et ses filles parlent toujours de Deo vel cum Deo, de Dieu ou avec Dieu. Comme  des sarments unis à la Vigne, vous êtes appelées à contempler la Vérité qu’est le Christ,  afin que votre vie même devienne une prédication contemplative de l’Emmanuel, Dieu 

avec-nous. Ainsi, même au cœur du cloître, votre vocation est profondément  missionnaire : votre prière porte du fruit dans la prédication des frères, dans  l’enseignement des sœurs apostoliques, dans le ministère des fraternités sacerdotales,  dans le témoignage des laïcs et dans le renouveau du monde. 

Témoignage, écoute et espérance 

À une époque où le monde cherche la vérité et a soif de sens, votre monastère est appelé  à resplendir comme une lampe placée sur la montagne. Comme prieure, vous jouez un  rôle essentiel dans la formation de ce témoignage. Prêchez par votre manière d’écouter.  Enseignez par votre manière de vivre. Corrigez par votre manière d’aimer. Que la  communauté qui vous est confiée soit reconnue non seulement pour la clarté de sa foi,  mais aussi pour la chaleur de sa charité. 

Dans cet esprit, je vous recommande une méthode d’écoute attentive qui s’est révélée  féconde dans d’autres rencontres ecclésiales. J’espère qu’elle vous sera utile pour  favoriser une communion plus profonde entre les sœurs grâce à une communication plus  consciente et intentionnelle. Cette méthode est enracinée dans le sens originel de  l’obéissance – ob-audire, « écouter attentivement ». 

a. La prieure ou la modératrice explique d’abord simplement la démarche et présente  clairement le sujet du partage (par exemple un projet ou une question qui concerne  la communauté). 

b. Chaque sœur dispose ensuite d’un temps pour partager ses réflexions et son  expérience sur le sujet. Durant cette première phase, les autres écoutent en silence.  Il n’y a ni dialogue ni interaction, pas même de questions. C’est un temps sacré  d’écoute, où chacune dispose du même temps de parole (par exemple, pas plus de  trois minutes).

c. Lorsque toutes ont pris la parole, la communauté observe un bref temps de silence. 

d. Après ce silence, la modératrice pose la question : « Qu’avez-vous appris de ce que  vous avez entendu ? » L’étape (b) est alors reprise. Le but de ce second tour n’est  pas de parvenir à un accord ou à un consensus, mais d’approfondir la  compréhension mutuelle et le respect des pensées et de l’expérience de chacune.  À ce stade, les sœurs sont invitées à partager non leurs propres opinions, mais le  fruit né de l’écoute attentive des autres. 

La communication construit la communion. Une véritable communication commence par  une écoute attentive, une écoute qui fait place à l’autre, honore son expérience et accueille  ses paroles comme un don. Des paroles prononcées avec respect, et un silence vécu dans  l’amour, créent des liens de confiance, guérissent les malentendus et ouvrent les cœurs à  la réconciliation. Ainsi, la communication devient un chemin vers la communion : une  participation à la manière même de Dieu d’entrer en relation, où la Parole est dite dans  l’amour et reçue dans la foi, et où plusieurs deviennent un seul dans le Christ. 

Dans votre communion avec le Christ et entre vous, vous prêchez l’espérance. « Le Christ  parmi nous, le Christ en nous : il est notre espérance de la gloire » (Colossiens 1, 27).  L’espérance est enracinée dans la certitude que Dieu ne nous abandonne jamais, même  dans la souffrance et dans la mort. Elle est l’assurance que Dieu demeure avec nous dans  les mystères de joie, de douleur, de gloire et de lumière qui façonnent nos vies. O Spem  miram est notre chant d’espérance ! Dieu est la merveilleuse Espérance annoncée et  promise par Dominique, notre Compagnon constant dans la sainte œuvre de la  prédication de la Parole de Dieu. 

Dans l’esprit de Dominique 

Que saint Dominique vous soit proche dans cette mission. Relisez sa vie. Priez avec ses  larmes. Imitez son zèle pour les âmes et sa confiance inébranlable en Dieu. À son exemple,  conduisez non par le pouvoir, mais par la prière et la persuasion, avec joie et patience.  Nous savons que la prédication de Dominique n’a pas seulement conduit d’autres à la  conversion à la vraie foi ; ses propres expériences de rencontre et de dialogue l’ont aussi  transformé en profondeur. Nous nous souvenons de la nuit entière qu’il passa en  dialogue avec un son hôte, rencontre qui conduisit à la conversion de ce dernier. Mais cet  événement a également dû marquer profondément Dominique lui-même, l’influençant  dans sa décision de quitter une carrière ecclésiastique prometteuse comme chanoine de  la cathédrale d’Osma, pour choisir d’être appelé simplement « frère Dominique »  (Libellus, 21). En ce sens, il s’agit aussi d’une forme de conversion dans la vie de  Dominique. La prédication transforme donc à la fois le prédicateur et celui qui écoute la  Parole de Dieu.

Sœurs, ayez courage. Le travail est souvent caché, les charges pas toujours comprises,  mais notre Seigneur bon et miséricordieux voit tout. Et par votre « oui », Il continue à  bâtir son Église. 

Que la Bienheureuse Vierge Marie, que Dominique aimait si profondément, et saint  Joseph, protecteur de l’Église, intercèdent pour vous! Et que l’Esprit Saint vous donne la  lumière et la force de conduire vos sœurs dans la vérité et dans l’amour. 

Votre frère en Christ et en Dominique, 

Frère Gerard Francisco P. Timoner III, OP

 

Magister Ordinis 

PS : Veuillez partager cette lettre avec les sœurs de votre communauté afin qu’elles  puissent mieux vous comprendre, vous soutenir et vous aider à être leur prieure.

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Publication Date: 2026-02-02 06:59:16
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